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Revue : Dressage moderne : un jeu de massacre ?

Dressage moderne, un jeu de massacreComplément indispensable du livre de Philippe Karl, Les dérives du dressage moderne, pour son coté pratique et opérationnel, le livre de Heuschmann est au contraire une analyse rigoureuse et vétérinaire des effets des différentes actions et outils sur le cheval, sa locomotion, son confort, sa sécurité.

Radiographies, analyse de squelette, de très nombreuses photos à l’appui, Heuschman nous livre la une analyse sans complaisance de ce “jeu de massacre” qu’est devenu le dressage moderne, dont nous en avons eu de (trop) nombreuses illustrations durant les fameux JEM et leur lot d’images insoutenables.

Attention toutefois, le discours et l’analyse de Heuschmann est a prendre pour ce qu’elle est : une analyse vétérinaire éclairée. Ne cherchez pas d’illustration de ce qu’il fait lui même à cheval, car c’est très étonnamment comparable à ce qu’il dénonce lui même. Et oui, comme une amie m’a fait remarquer il y a peu, “en matière de cheval il y a la théorie… et la théorie….”

Tachons alors de passer à la vraie pratique…

Une analyse vétérinaire détaillée

Musculature de l'encolure du chevalJ’ai trouvé dans cet ouvrage ce qui manquait dans celui de Karl, dont l’orientation est beaucoup plus équestre et “artistique” : l’analyse détaillée du fonctionnement des différentes parties du cheval à l’effort/au travail, et ce qu’implique chacune des actions que nous lui demandons, ou, dans le cas dénoncé, ce que nous lui faisons endurer.

Heuschmann détaille d’abord le fonctionnement normal de la partie concernée, illustre ce qui se passe sur les terrains, et en fait une analyse détaillée en exposant les dommages que cela provoque. Les planches sont claires et bien expliquées, et permettent une compréhension complète du fonctionnement de telle ou telle partie.

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Un exposé de l’état de l’art

Le vrai rassemblerMême si, contrairement à Philippe Karl, Heushmann ne donne aucun exercice particulier (ce n’est pas son but), il ne se contente pas de la seule critique. Plongeant dans les sources des maitres anciens, de la véritable et authentique équitation dite “classique”, celle la même que les anciens nous ont transmis mais qui manifestement ne subsiste qu’à l’état de “théorie” même au plus haut niveau, Heuschmann nous livre donc aussi un exposé de l’état de l’art. Des illustrations détaillées permettent la comparaison directe entre, par exemple, un vrai rassembler, un véritable piaffer, et ce qu’on voit malheureusement trop souvent.

Les explications vétérinaires, j’oserais même “ostéopathiques” parfois, permettent une parfaite compréhension du “pourquoi” un beau rassembler, par exemple, ne peut s’accomplir que dans la souplesse et la tonicité du dos (et non pas sa tension…), pourquoi la musculation des abdominaux est fondamentale , pour ne citer que ces exemples.

Une réflexion globale sur l’équitation moderne

Le travail de l'encolure du cheval “Je crois qu’il faut maintenant poser une question essentielle : au fait, quel est le but poursuivi avec l’entrainement moderne en dressage ?” (p.102)

Je crois en effet que c’est là l’interrogation centrale de ce petit ouvrage. Même si Heuschmann la pose clairement mais rapidement au détour d’un chapitre, c’est bien LA question qui est en jeu. Le livre permet de se poser à soi même la question, en plus de donner des outils objectifs pour détecter d’éventuels soucis, durant les entrainements. Et donc la question est bien : que veut on réellement ? A quel prix ? Et dans quelles conditions pour le cheval ?

Heuschmann va plus loin, et propose (chose qui reste pour le moment un voeux pieu dans les fédérations équestres) que la formation pratique et théorique en matière de locomotion, physiologie, morphologie, devienne purement obligatoire pour toute personne ayant la prétention de participer à des épreuves “sportives”. Et de noter le gouffre, l’univers, qui existe entre les beaux discours, les règlements et la pratique réelle sur les carrés de dressage.

Le mot de la fin

JEM 2014
Photos JEM 2014

Art. 401. Le dressage a pour but le développement harmonieux de l’organisme et des moyens du cheval, de le rendre calme, souple, délié et flexible. Ces qualités se manifestent par l’harmonie, la légèreté et l’aisance, la soumission au mors, sans tension ni résistance aucune, dans une décontraction totale. Le cheval donne ainsi l’impression de se manier de lui-même. Il manifeste une soumission par un léger et moelleux contact.

Oui vous avez bien lu. Il s’agit de l’article 401 du règlement FEI de dressage. Pourtant on continue à voir des chevaux dans des attitudes complètement comprimées, aux allures dénaturées, aux encolures forcées, que pourtant les “gens” continuent à justifier par ce genre de commentaire “You can’t harass people like this. This horse is not abused he is well cared for and has produced some utterly wonderful work over his career.” (Vous ne pouvez pas harceler les gens comme ca. Ce cheval n’est pas contraint il est bien traité et a produit de magnifiques résultats dans sa carrière) (Cf. Marmotte, chocolat et tout ca…)

Tant que l’on continuera à justifier l’injustifiable il n’y aura pas de changement dans ce monde malade de la compétition équestre.

Fort heureusement, même si cela reste très fréquent ce n’est pas non plus une généralité. Et il y a de grands cavaliers, qui nous ont montré une magnifique équitation.

Le retour aux sources initiales de la véritable équitation classique, prônée et enseignée d’ailleurs par quelques grands noms trop discrets, me parait indispensable pour la seule personne qui compte dans toute cette histoire. Le cheval.

Morceaux choisis

  • Lors des compétitions il n’y a pas que les juges qui jouent un rôle prépondérant, mais aussi le public. La majorité des personnes qui s’occupent de chevaux ne puisent pas leurs racines dans le milieu agricole, dans les activités animalières ou des professions avoisinantes. Une connaissance solide du cheval, de ses comportements et de ses spécificités morphologiques est quasiment inexistante. (p. 26)
  • Malheureusement, de plus en plus de théories et de philosophies équestres douteuses – certaines même avec le label “classique” – sont aussi chaudement recommandées. Un grand nombre de ces “gourous” n’ont aucun savoir équestre ni dans la formation, ni dans les soins et l’entretien du cheval. (p28)
  • Un cheval correctement monté en lui faisant adopter l’attitude d’extension “vers le bas et vers l’avant” est donc capable, par la seule “contraction supérieure”, de porter le poids de son tronc alourdi par celui du cavalier, sans devoir abuser pour ce faire de son muscle long dorsal. (p. 65)
  • Des chevaux ramenés machinalement avec la main sont obligés de tenir le muscle long dorsal pour porter le poids du cavalier et sont donc incapables de laisser passer l’allure du pas à travers leur corps. Le résultat est une allure défectueuse latéralisée. (p 69)
  • Ce “trot de spectacle“, qualifié par la littérature classique de “trot de compétition”, est particulièrement destructeur et souvent à l’origine de pathologies des membres, surtout chez les jeunes chevaux et les chevaux de dressage. (p. 73, à propos des trot allongés à l’extrême que l’on voit fréquemment en compétition et qui font l’admiration du public…)
  • De profil, on observe trop fréquemment une arrière main qui est loin derrière, une croupe haute, des antérieurs plus ou moins ramenés sous la masse, une encolure raccourcie avec des ganaches coincées, une cassure à la 3ème vertèbre et les muscles de la partie dorsale de l’encolure peu développés. […] une telle présentation ne peut pas être qualifiée de piaffer. (p. 101)

Pour lire Dressage Moderne, un jeu de massacre :

Je ne peux que vous inciter à lire cet ouvrage scientifique, en complément avec celui de son “frère ennemi”, Philippe Karl, le fameux Dérives du dressage moderne“.

L’un apporte une analyse médicale et scientifique du “pourquoi“, l’autre apporte la solution au “comment on fait alors ?“. Les explications de Heuschmann (malgré son inimitié avec Karl !) permettent de comprendre les exercices proposés par Karl dans l’entrainement du cheval, avec comme objectif le véritable art équestre classique

Dressage moderne : un jeu de massacre ?


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Un commentaire

  1. Finalement, loin de la modernité attendue sur cet ouvrage, on se rends compte que c’est finalement un retour aux sources du “bon sens” qui effectivement manque cruellement dans dans le monde du cheval, certainement par ignorance.
    c’est certainement la le plus grand intérêt de ce livre!

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