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Ethologie. Vous avez dit méthode ?

Du fait du développement assez massif de ces “nouvelles” approches du cheval, dites éthologiques, sont arrivées sur le “marché” quantité de “méthodes”, de programmes, dans lesquels chacun y va de sa science, de ses dogmes, de ses principes.

Mais qu’en est il vraiment ? L’éthologie est elle une méthode ?

La réponse à cette question est assez complexe, du fait même de la nature de l’éthologie.

Ethologie : qu’est ce que c’est ?Image Creative Common de Jessica Mulley

Tout d’abord ce n’est en rien une discipline équestre nouvelle. C’est tout simplement une science, celle de l’étude des comportement animaux. Cette science s’applique autant au chien, chat, crocodiles, lions et gazelles. Le cheval étant un “objet” de passion pour les hommes, il était normal que tôt ou tard la science s’en approche.

Pourquoi si tard me direz vous ? Et bien justement à cause des passions que le cheval déchaine, mais surtout du fait de la complexité de l’organisation sociale équine, et de la très nettement supérieure intelligence du cheval. L’étude de son comportement, sans ses facettes autant mentales que bio mécaniques n’a pu se développer récemment que grâce à des outils et des protocole d’observation et d’analyse très élaborés.

Je vous renvoie aux ouvrages scientifiques sur le sujet, notamment ceux de Danièle Gossin et autres comportementalistes, “éthologues” équin. La lecture de ces ouvrages en soi permettent une excellente compréhension du cheval, étude dont Baucher disait déjà qu’elle devait être la principale préoccupation d’un écuyer.

Il se trouve que souvent les éthologues sont cavaliers, mais ce n’est pas forcement le cas.

Connaitre le cheval, son fonctionnement mental, émotionnel, biomécanique, voila les buts de l’éthologie.

La flexion latérale selon Baucher

Méthode éthologique ?

Les dresseurs se sont emparés des conclusions scientifiques des éthologues et les ont appliquées dans leur approche du cheval. Forcement cela a donné des résultats très surprenants, parfois même effrayants comme par exemple le très décrié Monty Roberts, initiateur de la technique du “join up”1, violemment contestée notamment par les vétérinaires eux mêmes.

Le principe de base :

Le principe de base est finalement très simple : s’adresser au cheval dans un langage qui est le sien, en respectant ses codes, sa culture, et sa conformation biomécanique (équilibre). En clair : apprendre à “parler cheval”. Plus exactement apprendre à ETRE cheval. Puisque les chevaux ne sont (hélas !) pas dotés du langage de type humain, c’est tout notre être qui est impliqué. Attitude, comportement, réaction, mais aussi émotions, énergie. L’équitation n’étant pas naturelle pour un cheval, on va donc lui expliquer (horreur pour un cheval !) que 1 – on va lui monter sur le dos ; 2 – on va lui demander plein de “trucs pas possibles” et 3 – il est prié d’en être content !

En réalité cela est assez proche des anciennes méthodes classiques des “grands” maîtres qu’étaient Baucher, La Guérinière, Le Général Alexis l’Hotte et les autres, mais les apports de la science ont largement affiné les choses et ont permis de développer considérablement notre connaissance de cet animal fascinant, et donc nos possibilités d’entrer en communication avec lui.

De fait, pratiquer l’approche éthologique c’est d’abord et avant tout 70 % de SAVOIR ETRE, et 30% de technique pure !

Les principaux fondamentaux de l’éthologie appliquée

Règle numéro 1 : le cheval a TOUJOURS raison. Dans le cas contraire, se conformer à la règle numéro 1 !!!

Et cela pour une raison très simple liée à notre statut naturel totalement différent et donc notre attitude à l’égard de “l’autre” qui a des conséquences biologiques directes.

Le cheval est un herbivore, donc une proie dans le système alimentaire. L’homme est dans la catégorie des prédateurs. Par conséquent la réaction naturelle d’un cheval face à l’homme c’est “au secours”, et la fuite. Et cela en toute circonstance, quelle que soit la discipline. La première préoccupation en équitation éthologique sera donc d’abandonner (et ce n’est pas facile !) nos réflexes naturels de prédateur afin d’établir et de gagner la confiance du cheval. Cette phase est la plus longue, et en fait un travail permanent et quotidien.

Cela a des conséquences que nous avons beaucoup de mal a comprendre. Par exemple le champ de vision d’un cheval, très large pour avoir une vue d’ensemble de tout l’espace environnant, alors que l’humain a un champs réduit mais qui voit plus loin. De fait, il ne nous VOIT PAS lorsque l’on est sur son dos ! Pouvez vous imaginer ce que cela peut signifier pour un animal de proie d’avoir son potentiel prédateur sur le dos SANS le voir ! Confiance, confiance, donc….

Le cheval est un être social, vivant en troupeau avec une hiérarchie et une organisation très stricte à laquelle tous se plient. Cette organisation est très complexe, c’est un jeu de dominant/égal/dominé dans lequel la règle est celle du respect. La ça se complique. Car gagner le respect suppose un système de communication élaboré afin que les chevaux puissent communiquer leurs intentions, ou dire clairement les choses. Se sont des signes que nous connaissons bien, qui vont du ronflement sympathique de plaisir au coup de sabot violent en passant par le subtil jeu de la position des oreilles, de la tête, du regard….

Donc dans ce jeu, ou nous situons nous ? Comment se faire respecter, tout en respectant le code global afin de maintenir la confiance du cheval ? C’est la que l’éthologie intervient, en proposant non seulement le décodage de ces signes, mais aussi le moyen de nous exprimer de manière compréhensible.

Je vous renvoie à l’excellent site de Anne Coirée, Comportementaliste diplômée, qui expose très clairement la complexité de ce système relationnel.

Le cheval est un quadrupède, c’est l’évidence, mais on oublie trop souvent les conséquences que cela a :

  • En terme d’équilibre, déstabilisé avec un cavalier sur le dos
  • En termes de réflexe : le cheval s’oppose à la pression par réflexe
  • En terme d’allures, ce que nous exploitons pour notre équitation.

De fait, si l’on veut réellement pratiquer une équitation équilibrée dans le respect du naturel du cheval, c’est tout cet ensemble qu’il faut combiner, pour établir un équilibre global tant sur le plan physique que mental et émotionnel ! C’est ce que l’on appelle en éthologie “la connexion” dont l’aboutissement utopique est le “centaure”, c’est a dire l’harmonie totale et complète, fusionnelle de l’humain et du cheval.

La je vous renvoie à Philippe Karl notamment, qui dans cet article détaille avec précision (attention, c’est très technique) le problème de l’équilibre et de l’impulsion du cheval.

Utopique ? Pas tant que ça…. C’est la que vont intervenir les 30% de technique qui nous manquent pour réussir à PENSER cheval : les méthodes.

En quoi consistent les méthodes d’équitation éthologiques ?

Pour résumer, et bien tout simplement à apprendre… tout ça ! Et parvenir à cette harmonie, subtil équilibre de confiance/respect et de technique équestre. Mais la théorie c’est bien joli mais comme tout langage il faut l’apprendre par la pratique. Et pour cela le meilleur enseignant reste… votre cheval lui même !

Les “méthodes” ne proposent rien de plus ni de moins qu’une série d’exercices, progressifs, organisés logiquement, qui nous permettent d’appréhender le cheval sans sa globalité, même pour un total débutant comme ce fut mon cas. En fait elles ne forment que le cavalier à vrai dire. Tout ce que nous demandons au cheval il sait très bien le faire, même piaffer ! Problème : comment lui demander de le faire, par plaisir, avec nous sur le dos !

Bel effort de croisement des postérieursL’importance du travail au sol

La grande originalité de ces méthodes est d’avoir réhabilité le travail au sol si cher aux anciens. Le respect et la confiance, ça se gagne face à face, sans outil de coercition, sans force ni violence. Attention, il ne s’agit pas de jouer les bisounours. Il ne manquera pas de vous mordre ou de vous envoyer un sabot en cas de “besoin”. Il faut donc également être capable d’envoyer un coup de sabot au besoin !

Les premières étapes au sol permettent de voir et comprendre les réactions du cheval, son comportement, sa locomotion, son équilibre. Regarder le cheval…

Les premiers exercices sont très simples, (voir les 7 jeux parelli ) mais sont fondamentaux. Toute la haute équitation dépend de ces petits gestes tous simples qui permettent au cheval de comprendre comment NOUS fonctionnons, et à nous de nous exprimer dans un langage compréhensible par lui, tout en apprenant la maitrise de soi !

Le transfert en selleElegant n'est il pas ?

Une fois ce premier travail accompli il ne reste plus qu’a monter enfin dessus ! Les principes sont strictement identiques, mais la on ajoute en plus tout l’aspect équilibre et locomotion avec ce poids supplémentaire. Les programmes pédagogiques au sol proposés par les différentes méthodes se ressemblent tous plus ou moins, mais en selle les différences sont plus importantes. Ils dépendent en fait des “objectifs” finaux de la “méthode”, et de la discipline principale de l’auteur. Certaines méthodes comme celle de Parelli, abordent la monte très rapidement, d’autres comme celle de La Cense après un travail au sol plus long. Mais la base est dans tous les cas déjà acquise : la confiance et le respect, et la magie commence à opérer…

Je ferai par la suite un comparatif des principales méthodes, pour analyser leur progression et surtout leur “esprit” très différent. Mais penser cheval n’est pas une affaire de technique. C’est une attitude globale, permanente. On ne fait pas de “l’éthologie” pendant une heure dans une carrière. On fait de l’éthologie tout le temps. Car, je peux vous l’assurer, les profondes remises en questions que nous imposent nos amis quadrupèdes changent radicalement aussi notre vie quotidienne… de chaque instant.

Le mot de la fin ?

Merci Hippo !

  1. Le join up consiste à chasser le cheval avec une longe, dans un rond de longe assez grand, de manière à le faire fuir et se concentrer vers vous. Très rapidement, le cheval épuisé et stressé, s’arrêtera, et se rapprochera de vous pour vous suivre comme un toutou c’est le “join up”. Décrié par lés vétérinaire du fait que cela représenterai en fait une violence mentale extrême et que le join up (la rencontre) est le résultat de fortes décharges d’adrénaline puis d’endorphines dans le cerveau du cheval. Voir en video : http://www.youtube.com/watch?v=zngnJQTQ3gs []

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