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Hippocampe de Berni : Interview éthologique !

Interview réalisée par Amale Mouna, journaliste en charge de la revue officielle du concours de CSO et dressage du 12 au 22 avril 2012 dans le cadre du dossier “Equitation éthologique”.

 

Amale Mouna : Bonjour François. Ou dois-je dire Hippocampe ? Chacun de nous découvre sa passion tôt ou tard, pour vous, comment est née cet amour particulier pour les chevaux et votre intérêt pour l’équitation?

 Hippocampe de Berni : C’est un pur hasard : la rencontre avec un cheval en particulier il y a quelques années de cela. Fandango ! Premières découvertes et déconvenues avec ce jeune entier de 6 Ans. Ça a été très sportif ! Ça a tourné court pour de nombreuses raisons, mais c’est lui qui m’a donné le virus, et convaincu qu’on pouvait faire « autrement » que le peu que j’avais appris à l’époque. Puis j’ai croisé hippocampe…Et l’aventure a réellement commencée.

 

A.M : Vous pratiquez l’équitation dite « éthologique », en clair que signifie cette méthode assez inhabituelle et quel a été votre parcours ou votre formation pour travailler à l’aide de cette approche ?

 HdB : Je me suis énormément documenté, lu les grands maitres classiques (Baucher, La Guérinnière, L’hotte …). Dans ces recherches j’ai également découvert ces « nouveaux maitres » à l’approche très originale, Ray Hunt, le pionnier, Andy Booth, du Haras de La cense, Pat et Linda Parelli enfin. J’ai donc simplement acquis les méthodes sous forme de vidéos et livres, et effectué quelques (rares) stages pratiques. C’est Hippocampe mon véritable instructeur.

 

A.M : Deux écoles, deux approches, l’une de Parrelli et l’autre de Lyons. Quel est le  courant que vous avez choisi et pourquoi ?

 HdB : Il y en a bien plus que cela ! Il y a sur le marché une dizaine de méthode sérieuses. Techniquement elles se ressemblent toutes, les exercices proposés sont quasiment les mêmes, expliqués de manière différente parfois (ce qui est assez pratique d’ailleurs) ou agencés différemment. Mais c’est l’approche du cheval lui-même, la « philosophie » qui change radicalement. Beaucoup de méthodes sont très technicistes, très mécaniques. « si tu fais ça ton cheval fera ça ». Mal utilisées ces méthodes peuvent même conduire à une certaine robotisation du cheval par un conditionnement presque pavlovien.

 C’est là radicale différence avec le programme Parrelli. Principe de base : la RELATION d’abord. Tout est présenté au cheval de manière ludique. On est très loin de la technique, de la relation général/soldat. De plus leur programme mélange très vite travail à pied et travail en selle, ce qui est très motivant, car cela va très vite. Ces méthodes sont finalement très proches des grands principes de Baucher, hélas assez oubliés aujourd’hui en dehors des lieux de la « haute » équitation. C’est dommage car c’est perdre ainsi la magie de cette incroyable relation avec le cheval !

 

A.M : Il ressort de l’étude éthologique des résultats scientifiques qui donnent lieu à des applications sur le terrain. Mais sur le plan relationnel, qu’est ce qui se construit entre le dresseur et son cheval ?

 HdB : Ça c’est la partie « magique » de cette approche. C’est indescriptible. Peu à peu se construit une relation intime, profonde, dérangeante aussi. Le cheval est sensible à la moindre de vos émotions, au moindre changement de votre niveau d’énergie. Face à lui on se sent nu, intégralement. On ne peut pas mentir à un cheval. Et un cheval ne ment jamais. Cela demande des remises en questions personnelles très profondes, qui sont souvent difficiles à accepter. C’est d’ailleurs LA difficulté de ces méthodes qui techniquement sont extrêmement simples, et la raison de l’abandon de beaucoup de gens. Le résultat est un subtil équilibre de confiance et de respect mutuels qui fait qu’au final le cheval vous suit partout et fera, s’efforcera même (dans la limite de ses capacités biomécaniques) de faire ce que vous lui proposez. Vous avez vu vous-même les efforts incroyables d’Hippocampe pour tenter, en liberté, un « passage », et son petit « ronflement » de demande de validation une fois exécuté !

 

A.M : Hippocampe est un sacré cheval, un passé militaire donc très habitué à une approche académique, et avec vous il découvre un tout nouveau langage. Comment se sont passées vos premières rencontres et la transition à l’éthologie ? 

 HdB : Ca a été très sportif ! Il s’est enfui de l’enclot en sautant (oui hippocampe a sauté !) une barrière digne des meilleurs concours ! Si je pouvais traduire sa réponse ce jour-là se serait « mais qui est ce grand escogriffe qui prétend m’apprendre mon boulot, nan mais ! »

 Hippo n’est pas en très bon état, il « boite des 4 pieds » comme on m’a dit une fois. Mais quel mental ! Facétieux, dynamique, espiègle, au tempérament assez dominant. Puis il s’est pris au jeu, découvrant plein de choses qu’il ne savait pas faire. C’est aussi une des originalités de cette approche, on est très vite dans des exercices assez complexes. Hippocampe s’est prêté au jeu rapidement, et la première fois que je l’ai monté, la suppression du mors l’a complètement transformé. Il m’a sorti le grand jeu ! J’ai bien vu sa surprise « heu il manque quelque chose la ! ». Nous en sommes aujourd’hui au pas espagnol, certes pas très académique, et à ses débuts de passage…

 

A.M : En quoi consistent le travail et vos exercices quotidiens avec Hippocampe ?

 HdB : Le principe de cette approche est ce qu’on appelle « l’auto posture » du cheval, vieux principe classique déjà exprimé par Etienne Bedan : « C’est seulement en laissant les chevaux libres et non en les tenant que la réussite est obtenue ». Tout doit être exécuté volontairement par le cheval. Il doit se mettre lui-même dans la bonne position pour la réalisation d’une figure, quelle que soit la discipline. Le travail se fait donc d’abord au sol, pour décomposer chaque mouvement, pour les recombiner ensuite et lui expliquer que cette attitude est la plus confortable pour lui. Tout artifice est donc supprimé : pas d’enrennement, pas de mors (ça c’est aussi une grande différence entre Parelli et les autres), pas de cravache mais une badine assez longue. La monte se fait au départ en licol simple, avec une seule renne pour apprendre les bons réflexes, puis avec « pas de renne du tout ». Ce n’est qu’après que Parelli remet le mors, en fin de parcours, quand justement on en a plus besoin. C’est le moyen d’atteindre cette légèreté chère aux grands d’aujourd’hui (Philipe Karl, M. et Mme Henriquet, Nuno oliveira et bien d’autres). Oliveira disait « les rennes sont un fil de soie qu’on doit trouver par hasard ». Le mors étant encore hélas obligatoire dans les concours, toutes les méthodes au final l’utilisent. En ce qui me concerne c’est un choix personnel, se sera sans mors.

 

A.M : Quelles sont selon vous les qualités qu’un dresseur devrait avoir pour exercer cette méthode ?

 HdB : Qui suis-je pour répondre à une telle question ! Face à un cheval on ne sait pas grand-chose finalement. Toutefois, je vous répondrai par une citation du Colonel Jousseaume : « Trop de cavaliers préfèrent attribuer une exécution incorrecte au mauvais vouloir du cheval, plutôt que de reconnaître l’imprécision de leur demande ». La seule qualité à mon sens est d’admettre que le cheval a toujours raison, et donc il faut simplement accepter de l’écouter : il nous apprend ce qu’est la domination… de SOI !

Baucher disait «Se faire comprendre et laisser faire. La leçon doit être, pour le cheval comme pour le cavalier, un exercice salutaire, un jeu instructif qui n’amène jamais la fatigue. ». Rechercher la décontraction, la sérénité, préserver l’énergie du mouvement, et toujours laisser le temps au temps… Finalement, Moins on en fait, mieux on fait. Et cela, seul votre cheval peut vous l’apprendre…

 

Hippocampe

 

Quelques sites de référence :

http://www.cadrenoir.fr/grands-maitres

http://www.philippe-karl.com

http://www.lacense.com/

http://www.parellinaturalhorsetraining.com/ (en anglais)

http://www.rayhunt.com/ (anglais)

http://www.hempfling.com/  (multilingue)

http://www.saintvaulry.com/ (français)

 

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3 commentaires

  1. un peu comme un coup de foudre quoi! quelle passion! c’est admirable
    Manon

  2. J’ai essayer de faire de l’ethologie avec mon cheval, mais j’avais beau travailler, travailler, rien…
    Et un beau matin, il s’est decide a travaille, mais c’etait dure…CHAPEAU!Toutes mes felicitations.

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